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Turquie: les Iraniens d'Istanbul interdits de manifester
information fournie par AFP 11/01/2026 à 18:01

Une jeune femme iranienne, au visage peint aux couleurs du drapeau de son pays, participe au rassemblement interdit en Turquie de soutien à la contestation en Iran à Istanbul, le 11 janvier 2026  ( AFP / Yasin AKGUL )

Une jeune femme iranienne, au visage peint aux couleurs du drapeau de son pays, participe au rassemblement interdit en Turquie de soutien à la contestation en Iran à Istanbul, le 11 janvier 2026 ( AFP / Yasin AKGUL )

Nina a dessiné une carte d'Iran et des larmes de sang sur son visage pour venir protester dimanche devant le consulat iranien à Istanbul. Mais la police turque, déployée en grand nombre, a cerné le quartier et bloqué les manifestants.

Parmi une vingtaine de réfractaires, Nina (un prénom d'emprunt), jeune trentenaire originaire de Tabriz (ouest de l'Iran), exilée en Turquie depuis quatre ans, veut quand même manifester sa solidarité avec ses compatriotes qui, chaque soir depuis 14 jours, descendent dans les rues d'Iran.

Son maquillage, elle l'a réalisé en venant, faute de drapeau.

"Ca fait 72 heures que nous n'avons aucune nouvelle du pays, de nos familles. Ni internet, ni télévision, nous ne pouvons plus joindre l'Iran. "Le régime tue au hasard" et ne se préoccupe pas qu'il y ait des enfants, lâche-t-elle.

Titulaire d'une simple carte de séjour, elle préfère taire son identité, comme les autres protestataires qui jouent pendant plus d'une heure au chat et à la souris avec les forces de l'ordre. Sans comprendre que leur pays d'accueil refuse son soutien à la mobilisation en cours.

La Turquie, pays majoritairement sunnite, partage 500 km de frontière et trois points de passage avec son grand voisin chiite dont elle accueille officiellement plus de 74.200 citoyens détenteurs de permis de séjour et 5.000 réfugiés.

Nombre d'entre eux ont renoncé à ce rassemblement non autorisé dimanche, "par respect et courtoisie", envers leur pays d'accueil, ont-ils expliqué à l'AFP.

Une manifestante brandit le drapeau de soutien au fils du Shah, Reza Pahlavi, lors d'un rassemblement interdit près du consulat d'Iran à Istanbul, le 11 janvier 2026  ( AFP / Yasin AKGUL )

Une manifestante brandit le drapeau de soutien au fils du Shah, Reza Pahlavi, lors d'un rassemblement interdit près du consulat d'Iran à Istanbul, le 11 janvier 2026 ( AFP / Yasin AKGUL )

Amir Hossein, chanteur de Téhéran en exil en Turquie depuis vingt-ans et récemment naturalisé, est venu sous la pluie froide "pour que d'ici, mes amis, toute la nation iranienne m'entende".

"Dans chaque pays, on accorde des autorisations de manifester pour la liberté, pour la démocratie, mais en Turquie, malheureusement, jamais", regrette-t-il.

Vendredi soir, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, a dénoncé l'ingérence d'Israël dans la situation en Iran.

"Bien qu'issues de raisons légitimes et de problèmes structurels, les manifestations sont également instrumentalisées depuis l'étranger, par les rivaux de l'Iran", a-t-il dit en désignant "le Mossad", les services de renseignements israéliens.

- "drapeau honteux" -

A ce stade, le président Recep Tayyip Erdogan ne s'est pas exprimé sur le sujet.

Amir Hossein souhaite une intervention des Etats-Unis face aux bilans accablants qui lui parviennent - sans qu'aucun chiffre ne puisse être vérifié.

"Nous demandons une intervention du président Trump, de partout dans le monde. Parce que notre gouvernement n'est pas normal, il tue".

Mais "cette fois, la victoire est à nous et nous allons gagner. Ce n'est pas comme les autres fois" croit-il. "Nous avons un leader, le prince Reza Pahlavi", fils du Shah déchu en 1979, en exil depuis aux Etats-Unis. "Il s’est tenu debout et c’est lui que nous voulons".

Une manifestante réclame l'intervention en Iran du président des Etats-unis lors d'un rassemblement interdit devant le consulat iranien, à Istanbul, le 11 janvier 2026 ( AFP / Yasin AKGUL )

Une manifestante réclame l'intervention en Iran du président des Etats-unis lors d'un rassemblement interdit devant le consulat iranien, à Istanbul, le 11 janvier 2026 ( AFP / Yasin AKGUL )

Non loin, une jeune femme déploie le drapeau de l'ancien régime iranien, frappé d'un lion et d'un soleil. Mais très vite un groupe hausse le ton. "Tu ne peux pas brandir ce drapeau honteux" crie l'un en tentant de le lui arracher.

Mehdi, jeune ingénieur de Tabriz en exil avec son épouse, regrette ces divisions de l'opposition iranienne, "même ici en Turquie".

"Moi, je suis contre les mollahs mais pas pour le retour de Pahlavi. Nous voulons la démocratie, une république, pas une monarchie" martèle-t-il: "Reza est incapable d'unir les gens. +Femmes Vie Liberté+ c'était inclusif" - le slogan avait fleuri après la mort de la jeune Mahsa Amini en 2022, qui avait enfreint le strict code vestimentaire féminin.

Les yeux mouillés, sous son maquillage vert blanc et rouge, Nina soupire. "Nous sommes tous épuisés, fatigués de la terreur déversée sur notre pays. Nous voulons vraiment que les choses changent, que le peuple iranien décide du régime iranien. Qu'il choisisse l'avenir de l'Iran".

"Je le dis à la Turquie: elle devrait se tenir au côté du peuple iranien: le régime iranien, c’est fini. Il n’a plus sa place dans le monde".

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